Sur Hackernoon, Alan Marsden revient sur la montée du modèle de l’abonnement pour les applications. Après avoir été payantes, puis après être devenues de plus en plus souvent gratuites pour pallier au désintérêt et à leur multiplication, voilà que désormais, les applications se lancent dans l’abonnement, à l’image d’Ulysses, ce très bon éditeur de texte, comme le soulignait avec un certain désappointement l’écrivain Thierry Crouzet cet été. Pour Marsden, l’abonnement n’est pas une mauvaise option, mais elle est souvent surévaluée et sa généralisation pose un problème d’accès et de découverte, dans un monde où 80 % des utilisateurs abandonnent les applications qu’ils ont installées dans l’année. Pour l’instant, le modèle de l’abonnement est encouragé par Apple qui a réduit sa commission sur ces formules depuis juin 2016. Android a suivi. Le problème est que la généralisation de ce modèle n’est pas soutenable pour l’utilisateur. Marsden a calculé que, rien qu’en gardant une quinzaine de ses applications préférées, il en aurait pour 91 euros par mois, sans compter son abonnement téléphonique… Les commentaires dans les magasins d’applications de celles qui ont basculé vers l’abonnement sont tranchés, entre utilisateurs ravis et mécontents de ce changement de contrat.

Le développeur Lynn Fredricks estime que le modèle de l’abonnement a aussi besoin d’évoluer. Quand vous arrêtez votre abonnement à un magazine, personne ne vient vous reprendre vos anciens numéros !, rappelle-t-il. Or, beaucoup de produits logiciels ne fonctionnent plus dès que vous arrêtez votre abonnement. Ne serait-il pas possible d’imaginer que vous puissiez continuer d’accéder à la version à laquelle vous avez souscrit (ou accéder aux contenus d’un média) jusqu’à la date de fin de votre abonnement par exemple (ou à ceux auxquels vous avez déjà eu accès). Ce modèle vertueux – il parle « d’abonnement équitable » – inciterait également les développeurs à faire des améliorations continues, ce qui n’est pas toujours le cas des versions applicatives qui promettent plus d’améliorations parfois qu’elles n’en réalisent vraiment. Bien souvent, rappelle le développeur, la principale raison avancée pour légitimer l’abonnement repose sur la lutte contre le développement de versions pirates (ce qui est justement le cas dans le monde des applications souligne un récent article des Echos), mais cette raison n’apporte le plus souvent aucun bénéfice au consommateur. Les entreprises qui ont le plus réussi leur conversion vers des modèles par abonnement sont aussi celles qui connaissent peu de concurrents. Pas sûr que cela demeure le cas longtemps pour les plus profitables d’entre elles…

Guise Bule rappelle quant à lui que « nous nous abonnons à quelque chose parce que cela nous permet d’économiser de l’argent à long terme ou parce que c’est commode ou que cela nous fait gagner du temps ». Par contre, l’abonnement est beaucoup moins bien vécu par le consommateur quand il sent que c’est juste un moyen pour le service de s’assurer des revenus récurrents, ou quand il sent que la location lui coûte bien plus que l’achat. Est-ce à croire que bien souvent l’abonnement est un recours pour les développeurs qui ne mettent pas suffisamment à jour leurs logiciels et qui se retrouvent alors en concurrence avec le manque d’évolution de leur propre produit ? Force est de constater que bien des améliorations ne sont pas à la hauteur de l’abonnement et ce d’autant que les améliorations ne peuvent être continues sauf à transformer la proposition initiale en tout à fait autre chose (imaginez ce que deviendrait un logiciel comme Ulysses qui ne cesserait d’évoluer pendant 5 ans ? Certainement bien autre chose que l’épure qui fait ses qualités).

Le problème, pointe-t-il également, c’est que l’utilisateur est bien souvent dépendant de modalités d’abonnement qu’il ne maîtrise pas : ni dans ses changements, ni dans la promesse qui est faite (combien de nouveautés et lesquelles seront mises en oeuvre ou produites ?), ni en terme de recours. En fait, rappelle Guise Bule en conclusion, si vous ne voulez pas vous soumettre à l’abonnement, rappelez-vous qu’il existe certainement une alternative. Effectivement, dans le foisonnement applicatif, il y a souvent un service concurrent… prêt à récupérer ceux qui ne voudront pas s’abonner.

Original sources